Catégorie: Temps fort

Moondog… Vous avez probablement en tête l’image de ce personnage excentrique, vêtu d’un costume de viking de couleurs vives, coiffé d’un casque à cornes et muni d’une lance médiévale.

Moondog… Vous avez probablement en tête l’image de ce personnage excentrique, vêtu d’un costume de viking de couleurs vives, coiffé d’un casque à cornes et muni d’une lance médiévale. Et même si son nom ne vous dit peut-être rien, gageons que vous connaissez au moins l’un de ses morceaux.
À l’occasion des vingt ans de sa disparition et de la Saison Moondog, initiée par la Mairie de Toulouse, nous vous proposons de connaître un peu mieux ce compositeur américain, aussi hors du temps que d’une incroyable modernité : sa vie, son oeuvre, ses influences…
Aidés par la Direction des musiques Ville de Toulouse que nous remercions ici, rapide mise en lumière de l’influence qu’exerça Moondog sur le jazz, le minimalisme et les musiques nouvelles. Une découverte pour les curieux, une consécration pour les mélomanes.

Qui Était Moondog ?
Bio express

Né le 26 mai 1916 à Marysville, dans le Kansas et mort le 8 septembre 1999 à Münster en Allemagne, Louis Thomas Hardin alias Moondog est le fils d’un pasteur et d’une organiste. Durant son enfance, l’initiation au rythme de la danse du soleil par un chef traditionnel indien détermine son existence qui bascule l’année de ses 16 ans lorsqu’un explosif lui ôte définitivement la vue. Dans des écoles pour aveugles, il apprend alors la musique, pratique différents instruments, se forge une oreille absolue puis, sous la houlette d’un professeur de musique de Memphis, il s’oppose à la musique moderne et proclame son amour pour la musique classique européenne.

le départ pour new york

En 1943, il s’installe seul à New York avec 60 dollars en poche et la ferme intention de devenir compositeur. La barbe et le cheveu longs, habillé d’une robe de bure, une flèche indienne pendue à son cou, il assiste aux répétitions de l’Orchestre Philharmonique de New York au Carnegie Hall, il se lie d’amitié avec Artur Rodzinski et Leonard Bernstein. Ses partitions signées de son surnom donnent lieu à de premiers disques dans les années 1950 et lui valent l’admiration de la scène jazz. Andy Warhol conçoit la pochette d’un de ses albums, Philip Glass l’héberge quelques mois et l’invite à jouer avec les jeunes compositeurs Steve Reich et Jon Gibson. En réaction aux comparaisons christiques dont il fait toujours l’objet – dues à son « look » – il se confectionne son célèbre costume de viking de couleurs vives et va par les rues coiffé d’un casque à cornes et muni d’une lance médiévale. On le surnomme alors le « Viking de la 6e Avenue ».

la consécration

Elle arrive en 1969, lorsque l’Orchestre Philharmonique de New York enregistre certaines de ses partitions sous la direction de Leonard Bernstein. Ces trente minutes de musique propulsent ce clochard céleste vers la renommée. Il continue pourtant de vivre dehors et utilise l’argent gagné pour s’acheter un petit terrain au Nord de New York sur lequel il plante une cabane. Un ami organiste lui organise une tournée en Allemagne au milieu des années 1970. Moondog jubile à l’idée de fouler du pied la terre des grands compositeurs européens qui, Bach en tête, constituent ses modèles depuis toujours.

l’Allemagne

Après deux concerts, il s’installe seul dans ce pays où il ne connaît personne, dont il ne parle pas la langue et où sa musique est peu connue.
De jeunes Allemands l’hébergent, le présentent à des musiciens et lui trouvent un label. À la fin des années 1970, il aura publié quatre nouveaux albums.
Voyageant en Europe au long de la décennie suivante, il compose des pièces inspirées par la mythologie nordique en Suède, trois symphonies en six semaines à Salzburg et à Vienne (soixante-dix-huit autres suivront jusqu’à sa mort). Lors de leur dixième édition en 1988, les Transmusicales de Rennes l’invitent pour faire jouer sa Symphonie celte.
L’année suivante Philip Glass l’invite à revenir à New York pour diriger sa musique orchestrale lors d’un concert triomphal.

les dernières années

Tombé malade au début des années 1990, Moondog poursuit la composition, conçoit un album joué par ordinateur pour une parfaite interprétation de ses canons et tourne en Europe aux côtés du London Saxophonic avec qui il enregistre ses deux derniers albums. Puis, jusqu’à sa dernière apparition à Arles en 1999, il ne se produira plus qu’accompagné au piano par la française Dominique Ponty.

Moondog
l’avant-gardiste

Nourri de multiples influences, Moondog fut aussi un inspirateur génial pour les musiciens de son temps et ceux à venir. Au fil des articles et biographies se retrouvent pêle-mêle de très nombreux artistes qui jalonnent sa vie.
Parmi les fidèles de l’étrange spectacle offert par « le chien hurlant à la lune » on comptait Arturo Toscanini, Leonard Bernstein, Dizzy Gillespie, Charles Mingus, Benny Goodman, Buddy Rich, Miles Davis et surtout Charlie Parker auquel Moondog dédiera plus tard l’énorme Bird’s Lament. Parmi les légendes il y a celle qui dit que Stravinsky l’aurait jugé bon musicien et que Marlon Brando aurait écumé avec lui l’underground New Yorkais une semaine entière.
En 1967, Moondog bénéficie d’une mise en lumière inédite grâce à la reprise par Janis Joplin de sa composition All is Loneliness écrite en 1949.
À la même époque Elvis Costello et le saxophoniste John Harle travaillèrent avec lui.
Célébré par de nombreuses chapelles, des musiciens éclectiques vont s’inspirer de son oeuvre, entre autres Zappa, Tiny Tim, William Burroughs, Duke Ellington, le Kronos Quartet, Stereolab ou Mr. Scruff. Moondog fut invité par Stephan Eicher et même par le groupe de métal Edge of Sanity.
Proclamé « fondateur du minimalisme » par Philip Glass et Steve Reich, Moondog restera toute sa vie prudent avec ce titre qu’il ne revendiquera pas : « Bach faisait quelque chose de minimal avec ses fugues. Alors quoi de neuf ? ». Les cornes de Viking peut être ?!

© : Richard Dumas (Rennes – Décembre 1988)