small visuel expo

Mini-Maxi...

Le format du livre est l’un des indices du fonctionnement de cet objet : du grand format des origines fait pour la bibliothèque on passe au petit du XVIIIème siècle fait pour la lecture privée : en changeant de taille, l’objet change de destination.

De 1452 à 1860, ces variations sont considérables. Durant la période incunable, le livre est grand car la plupart sont des ouvrages de référence. Quelques tentatives, celles des Alde à Venise, de Simon de Colines à Paris et des libraires lyonnais lancent la mode des classiques en petit format.

Au XVIIème siècle, les grands formats dominent car le livre de religion a besoin d’être exposé et respecté. Cependant, les publications humanistes hollandaises (Elzevier) valorisent les petits formats. Cette nouveauté instaurée pour des raisons économiques devient une mode.

Puis arrive le XVIIIème siècle où le religieux commence à laisser la place au profane, notamment avec les almanachs souvent offerts en étrennes. Si cet âge des encyclopédistes consacre l’in-folio pour les ouvrages de consultation, la diversité des formats est la règle. La Grande Bretagne détient alors le record de l’infiniment petit avec des ouvrages présentés dans de précieux écrins accompagnés d’une loupe.

Le XIXème, mécanisé et inventeur de la culture de masse, réserve les grands formats aux ouvrages de référence tout en multipliant et renforçant les petits gabarits. Ainsi on voit certaines maisons d’édition se distinguer par un format particulier de leur collection (Charpentier). Les formats carrés seront surtout en vogue vers 1925. Avec l’irruption réussie du livre de poche au XXème, le monde de l’édition fonctionne toujours sur la même répartition des formats.

Ces variations ne sont pas simplement dues aux exigences économiques et/ou aux évolutions techniques, elles reflètent les modifications de la société. Rien d’arbitraire dans le choix du format : dimensions, statut et genre du texte imprimé, usage prévu de l’ouvrage et clientèle visée Les petits formats s’emportent avec soi, se cachent et ont de tout temps véhiculé des idées immorales, subversives, coquines. Ces petits objets ont également été beaucoup utilisés pour la propagande politique. Après 1945, on tentera de mettre de l’ordre mais en 1960, il existe encore environ 250 formats différents.

Pensons aux femmes qui, pendant les guerres de religion, cachaient une bible dans leur chignon et au roi Charles VIII qui en glissait régulièrement dans chacun de ses pourpoints.