Edmund Dulac, illustrations féeriques

L’Angleterre, terre d’adoption

Le milieu du XIXe siècle marque le début d’une période faste pour le livre illustré, notamment en Grande-Bretagne. L’histoire de l’illustration au Royaume-Uni doit beaucoup à la confrérie Préraphaélite, mouvement artistique né en 1848, très inspiré par le Moyen Age. Leur amour des livres enluminés et l’intérêt pour les théories de John Ruskin (1819 - 1900) écrivain, poète, peintre et critique d’art britannique, les incitent à redonner au livre illustré sa place dans la société et à faire de l’illustration du grand art. Pour eux, l’art doit apporter la beauté au peuple anglais asservi par la révolution industrielle et sauver le pays en ressuscitant l’artisanat.

C’est dans cet esprit que certains de ces peintres réalisent des travaux d’illustration. Ainsi John Everett Millais (1829 - 1896), l’un des trois fondateurs de la confrérie, illustre en 1857 les Poèmes d’Alfred Tennyson pour l’édition E. Moxon. Dante Gabriel Rossetti, autre fondateur de la confrérie et poète, illustra les Poèmes de sa soeur Christina en 1870. L’intérêt pour les arts graphiques et l’artisanat voit son apogée en 1892 lorsque William Morris (1834 - 1896) artiste proche des préraphaélites et de John Ruskin, crée le mouvement Arts & Crafts (Arts et Artisanats), puis conçoit dans les années 1890, la Kelmscott Press, maison d’édition de livres illustrés artisanaux. Ces ouvrages sont illustrés par des artistes tels Edward Burne Jones (1833 - 1898) ou Walter Crane (1845 - 1919). À cette époque, les reproductions se font encore par des gravures sur bois et réduisent l’illustration à l’utilisation du noir et blanc. La technique de reproduction par chromolithographie, inventée pourtant en 1837, ne s’est pas encore tout à fait répandue. Il faut attendre les années 1870 pour voir éclore des ouvrages illustrés en couleur.